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Richard Stallman est aujourd'hui la personnalité la plus connue et la plus influente de la défense des libertés publics sur les réseaux et dans la construction des logiciels. C'est immédiatement après Tim Berners-Lee, le créateur reconnu de la forme actuelle du web, la personne responsable de sa diffusion et de sa communication. Son œuvre écrite, sa francophonie, son action qu'il mène sans relâche en font une des 20 premières personnalités mondiales que l'université Paris 8 s'honorerait en lui décernant le titre de Docteur.

La principale contribution scientifique de Richard Stallman est d'avoir défini, défendu et développé depuis le début des années 1980 le concept de logiciel libre : des logiciels dont l'utilisation, la consultation des codes sources, la modification et le partage sont libres. Il a exercé une influence extrêmement profonde sur le développement du logiciel en général, et particulièrement sur les logiciels liés au fonctionnement d'Internet dont la plupart sont des logiciels libres (ex. : Linux, Apache, MySQL). De même, des logiciels grand public comme Firefox, VLC ou encore les suites bureautiques LibreOffice et OpenOffice sont eux aussi des logiciels libres. Ces logiciels échappent à la logique marchande et ne sont pas considérés comme des produits, comme le font les éditeurs de logiciels propriétaires. Il s'agit d'une œuvre, d'une création, du fruit d'un travail collaboratif, voire d'un bien commun.

Dans les années 1970 Richard Stallman travaille au sein du laboratoire d'Intelligence artificielle du Massachusets Institute of Technology (MIT). Il y conçoit notamment l'éditeur de texte Emacs. Ce projet est devenu un des éditeurs de texte les plus utilisés par les développeurs en informatique au niveau mondial. Parmi les qualités à lister au moment de sa conception citons son extensibilité (d'autres développeurs pouvaient écrire des modules pour y ajouter des fonctionnalités), et aussi le fait que les modifications d'un texte apparaissaient immédiatement à l'écran (un des premiers à implémenter cette fonctionnalité et probablement le seul projet qui reste en vie depuis cette époque).

Une autre de ses contributions significatives au MIT a été son travail sur la machine LISP, un des premiers ordinateurs personnels à usage général utilisant des technologies comme l'imprimante laser et la souris. Sa participation au développement de la machine LISP l'a aussi sensibilisé sur l'importance de la communauté de développeurs autour d'un projet. Pour s'opposer à la privatisation du code source de la machine LISP, par la société Symbolics, Richard Stallman a assuré pendant des années le développement de logiciels compatibles dont l'accès restait libre. C'était son premier combat contre une entité commerciale qui s'appropriait le travail d'une communauté.

Son projet suivant a été d'écrire un système d'exploitation produit de manière collaborative par une communauté de développeurs. C'est ainsi qu'est né le projet GNU qui reste de loin un des plus grands exploits de l'informatique d'aujourd'hui. Richard Stallman a été l'instigateur du projet, ainsi que son architecte principal. Son travail colossal consiste dans le fait qu'il a réécrit une énorme partie du système d'exploitation UNIX en l'améliorant et en le rendant libre à la communauté des usagers, ingénieurs et scientifiques. Il a gardé une partie des concepts de UNIX ce qui a garanti la stabilité et la fonctionnalité du nouveau projet. Richard Stallman a poursuivi sa contribution au projet GNU pendant des années en contribuant à des logiciels clés pour le fonctionnement d'un système d'exploitation comme le compilateur (gcc), le débogueur (gdb), l'éditeur de texte (emacs). Le succès de ce projet est visible aujourd'hui : des systèmes informatiques sensibles présents notamment dans des centrales atomiques, sondes et robots spaciaux, ainsi que toutes les places boursières mais aussi des millions de personnes qui utilisent quotidiennement ces logiciels.

En dehors de ses qualités d'informaticien, Richard Stallman a mis en place la licence GNU, qui offre une protection juridique à ces logiciels. Il a eu très tôt l'intuition que ce sont les grands groupes industriels qui s'approprient les systèmes d'information et le code informatique qui les fait fonctionner. Avec cette licence il a donné les outils juridiques pour protéger et préserver le bien commun qu'est le code informatique.

Depuis 1983, la licence GNU (sous laquelle ont été mis la plupart des logiciels que Richard Stallman écrivait), a créé un nouveau paradigme dans le domaine juridique en inventant la notion de copyleft. Cette invention juridique, qui ne s'appliquait initialement qu'au domaine informatique, s'est étendue à d'autres domaines avec la généralisation d'Internet. Ainsi la licence Créative Commons applicable à toute forme de contenu numérique (musique, vidéo, texte et image) a été créée dans les années 2000 en s'inspirant directement de la licence GNU. Creative Commons a été un des facteurs qui ont facilité l'avènement de Wikipedia et de manière générale à ce qu'on a appelé Web 2.0. Cela a eu un impact également sur le monde scientifique qui, face à l'abus de position dominante des sociétés de publication scientifique, a trouvé une forme alternative de publication dans l'Open Access. La plupart des articles publiés dans des journeaux Open Access sont sous licence Creative Commons.

Après la création de la licence GNU, Richard Stallman s'est assuré qu'une autorité de poids suffisant soit établie afin de veiller sur la mise en application de la licence et mener des batailles en justice pour la défendre le cas échéant. Ce fut la Free Software Foundation (FSF), qu'il initia en 1985. Le but de la FSF est, entre autres, de défendre et promouvoir les logiciels libres, attaquer en justice un organisme dans le cas où une violation de la licence GNU est avérée, mais aussi de porter témoignage dans divers cas juridiques.

L'importance des logiciels libres en a fait un objet d'étude pour la sociologie, la gestion et l'économie. Ces modèles organisationnels ont constitué de nouvelles formes de gestion des entreprises et des groupes. Qu'est-ce qui motive un développeur à donner son énergie à un projet dont il ne tirera aucun profit direct ? Comment sont organisés les réseaux de développeurs ? Quel est le mode de prise de décision employé dans ces réseaux ? Pour rendre le modèle des logiciels libres viable économiquement, plusieurs modèles économiques ont émergé. La problématique des logiciels libres a été integrée dans des problématiques plus vastes comme celle des externalités positives ou encore le capitalisme cognitif.

Les conditions de mise à disposition des logiciels libres ont permis leur adoption généralisée dans des pays en voie de développement. L'utilisation de ces logiciels dans des universités, écoles et bibliothèques ont permis de réduire la fracture numérique entre les pays du nord et ceux du sud.

Le fait que le code source des logiciels soit rendu disponible de manière libre et ouverte a modifié également l'enseignement de l'informatique ou de manière plus générale les sciences de l'éducation. Des recherches ont montré que le fait de travailler sur du code grandeur nature augmente la motivation des étudiants, les prépare mieux au monde professionnel, améliore leur expérience au contact de code écrit par des développeurs professionnels et les aide à mieux s'insérer dans des réseaux de développeurs.

Depuis plus de quinze ans, Richard Stallman parcours le monde et éveille les consciences sur cette autre vision possible de l'informatique. Selon elle les programmes informatiques ne sont pas des produits, mais des créations et des œuvres, les développeurs ne sont pas des concurrents, mais des partenaires et collaborateurs, les entreprises ne sont pas obligées d'obéir aux règles de la compétition, mais plutôt ont intérêt à partager et surtout – l'informatique n'est pas une fin en soi, au bénéfice des capitaux risques, mais se soumet aux libertés de la personne et aux règles du vivre ensemble. Depuis qu'il a endossé ce rôle d'ambassadeur des logiciels libres, il a parcouru les cinq continents, donné des conférences dans des universités de renom ou des associations de quartier.

En 2005 il est allé devant les portes de Matignon pour dénoncer la loi controverse dite DADVSI et déposer 165 000 signatures. Il a écrit plusieurs lettres à des institutions européennes ou internationales pour dénoncer des lois ou accords commerciaux qui mettraient en péril les libertés des citoyens. Richard Stallman est devenu une sorte de conscience vivante du monde informatique.

Parallèlement à son travail de militant, Stallman travaille à l'évolution de la licence GNU. Elle subit une première évolution en 1991 quand elle passe à la version deux. Face aux abus de la part de certaines sociétés sur le marché informatique qui utilisent le travail commun sans le mentionner et sans reverser à leur tour leurs contributions, la FSF d'adapte la licence aux nouveaux usages informatiques. La version trois de la licence, sortie en 2007, a pour but de régler l'utilisation de logiciels libres dans des équipements embarqués – un usage de plus en plus répandu.

Par son travail incessant appuyé à la fois sur son talent de développeur et sur son choix de défendre la coopération entre les acteurs du développement de logiciels, Richard Stallman a exercé un influence profonde sur le paysage de l'industrie du logiciel depuis 1980. Son influence majeure sur le développement du logiciel, son engagement répété pour la liberté et la défense de la collaboration, le rendent particulièrement éligible à la délivrance de diplôme Honoris Causa de l'unviersité Paris 8 Vincennes – Saint-Denis.

Notre université est à l'avant garde sur ces questions depuis sa création. Paris 8 a été une des premières universités françaises dans les années 80 à utiliser UNIX et sans doute une des premières à basculer vers GNU/Linux dès le début des années 1990. Par ces choix technologiques, nous avons également embrassé une certaine vision de l'informatique qui se rapproche beaucoup de celle prônée par Richard Stallman. Ce n'est pas un hasard si April – l'association la plus active sur ces questions en France et une des plus actives en Europe est née à Paris 8 en 1996. Les liens de Paris 8 avec le MIT dans les années 80 et 90, ainsi que les passages de Stallman à Paris 8 ont tissé des liens entre lui et notre université. Sans hésitation, notre université est la plus à même parmi les universités françaises d'attribuer le titre de Docteur Honoris Causa à Richard Stallman par nos collaborations passées et présentes et par la place que Paris 8 réclame au sein du monde intellectuel et social que ce soit en France ou à l'international.

1953 Naissance à New York
1971 Embauché en tant que développeur au MIT
1974 Arts Bachelor en Physique de Harvard
1976 Travail sur l'éditeur de texte Emacs
c. 1980 Premiers pas concrets qui le ménèront à la formalisation d'une licence dite libre
1984 Quitte son poste au MIT pour se dédier au projet GNU
1985 Publication du GNU Manifesto qui présente ses motivation pour créer un OS libre
1985 Création de la FSF
depuis milieu 1990 Travail de militant pour la cause des logiciels libres.

Richard Stallman a eu une influence considérable sur le développement de l'informatique et son l'appréhension par la société. Il est sans conteste une des personnes qui ont influencé le plus ce domaine. Informaticien ingénieux, défenseur des libertés des utilisateurs, promoteur infatigable d'un monde informatique plus humain et combattant aguerri face aux lois liberticides et aux sociétés qui s'accaparent le bien public, Richard Stallman reste encore aujourd'hui une des personnes qui par ses positions tranchées influence le développement d'Internet et du numérique.

Son personnage reste difficile à cerner : scientifique, développeur et militant, Richard Stallman a influencé des domaines loin au delà de la technologie et de l'informatique. Ses travaux sur des technologies innovantes ont laissé leur trace dans l'histoire de la discipline de l'Informatique. Les programmes et les algorithmes qu'il a développé sont utilisés par des centaines de milliers de programmeurs mais aussi de simples utilisateurs partout dans le monde. Sa perception subtile de la société lui a permis de détecter bien avant d'autres les risques pour la société induits par l'informatisation irréfléchie et non maîtrisée dans laquelle la technologie passe avant les libertés de la personne.

Depuis de nombreuses années Richard Stallman parcourt le monde et sensibilise les citoyens du monde à un usage raisonné de la technologie et à la défense des libertés personnelles face aux intérêts privés industriels. Face à une multitude d'accords internationaux controversés et à des acteurs commerciaux de plus en plus agressifs, Stallman par ses positions incisives, continue de témoigner qu'une autre vision de l'informatique à taille humaine reste possible, voire est la seule vision durable pour un monde dans lequel les technologies de l'information et de la communication jouent un rôle de plus en plus important.

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  • Dernière modification: 2015/01/20 12:32
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